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Du réel à la peinture

Les paysages comme sources d'inspiration

Cloud Study. John Constable
 

Les lieux peints par les artistes ne relèvent jamais du simple décor : ils répondent à des choix précis, liés à la lumière, à la composition ou à l’usage qu’ils veulent faire du motif. Certains peintres reviennent ainsi plusieurs fois sur un lieu pour en éprouver les variations, tandis que d’autres privilégient un point de vue, une architecture ou un paysage pour ce qu’ils permettent de construire dans l’image. Grâce à nos collections d'art et d'illustration générale, découvrez les diptyques qui confrontent les œuvres à leurs lieux d'inspiration et éclairent la manière dont les artistes ont composé leur regard.

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Au fil de l'eau

 

Le Bassin aux nymphéas, 1899. Huile sur toile de Claude Monet, conservée au Metropolitan Museum of Art de New York. Photo12/imageBROKER

 

Le pont japonais dans les jardins de Claude Monet à Giverny. Photo12/Alamy

Le célèbre bassin de Giverny n'est pas un paysage naturel mais une création de Monet lui-même. Il l'a conçu comme un motif à part entière, en aménageant son jardin d’eau pour disposer d’un sujet qu’il pouvait observer à toute heure et sous des lumières changeantes. Ce qui l’attire ici, c’est moins le paysage que la surface même de l’eau, capable de se confondre avec l’horizon et de transformer le jardin en laboratoire de peinture.

En 1906, Signac s'installe à Marseille, séduit par la lumière méditerranéenne et les contrastes colorés de la ville. Sur le Vieux-Port, les façades, les reflets de l'eau et la silhouette de Notre-Dame-de-la-Garde lui offrent un paysage où il s'attèle à recomposer la vibration de la lumière selon les principes du divisionnisme.

Ci-contre, le tableau Notre-Dame de la Garde, Marseille (1905), de Paul Signac, et la vue sur la basilique en fin de journée depuis le Vieux-Port. Photo12/Alamy et Alexis G./Photo12.

Van Gogh voit dans ce pont levant un équivalent occidental des ponts représentés dans les estampes japonaises qu'il collectionne, notamment celles d'Utagawa Hiroshige. Sa silhouette géométrique, isolée dans un paysage épuré, lui permet de retrouver cette simplicité de composition et ces lignes franches qu'il admire dans l'art japonais.

Ci-contre : Le Pont de Langlois avec route au bord du canal, de Vincent van Gogh (1888), et la vue sur le pont à double-levis le long du canal de navigation d'Arles à Bouc. Photo12 et Alamy.

 
L'inspiration au fil de l'eau
 

À la campagne

 

L'église d'Auvers-sur-Oise, 1890. Huile sur toile de Vincent van Gogh, conservée au Musée d'Orsay à Paris. Alfredo Dagli Orti/Photo12

 

Vue du chevet de l'église d'Auvers-sur-Oise, dans le Val d'Oise. Photo12/Alamy

Durant les derniers mois de sa vie, Vincent van Gogh s'installe à l'auberge Ravoux, à Auvers-sur-Oise, à quelques pas de l'église du village. Alors que sa santé mentale se détériore, il choisit de représenter l'édifice sous un angle inhabituel : non pas de face, mais depuis le chevet. Cette perspective met en évidence les deux chemins qui s'éloignent dans des directions opposées. Peut-être le reflet des tourments qui habitaient alors le peintre les derniers jours de son existence.

La fenêtre néogothique en ogive. Voici ce qui attire l'attention du peintre Grant Wood lorsqu'il aperçoit cette modeste maison à Eldon, dans l'Iowa. Il en fait alors le symbole d'une Amérique rurale attachée au travail, à la sobriété et aux valeurs traditionnelles du Midwest. Une image devenue au fil du temps l'une des représentations les plus commentées de l'identité américaine.

Ci-contre : American Gothic (1930), de Grant Wood, et façade de la maison située à Eldon, dans l'Iowa, ayant servi de décor au tableau. Photo12/Heritage Images et Alamy

À Auvers, van Gogh multiplie les vues des champs qui entourent le village, attiré par leurs perspectives dégagées et leurs variations sous le vent et la lumière. Ces paysages très dépouillés appartiennent à sa période la plus prolifique (plus de 70 tableaux en un peu plus de deux mois), où la simplicité des paysages traduit autant une recherche picturale intense qu'une profonde solitude intérieure.

Ci-contre : Champs de blé vert à Auvers (1890), de Vincent van Gogh, et la plaine près du cimetière d'Auvers-sur-Oise où sont enterrés Vincent et son frère Théo. Photo12/Heritage Images et Alamy

 
L'inspiration à la campagne
 

En ville

La Place Saint-Marc à Venise, vers 1730. Huile sur toile de Canaletto. Collection particulière. Photo12/Heritage Images

La place Saint-Marc à Venise, en Italie, en novembre 2024. Photo12/Alamy

Les vues de Canaletto sont d'une telle précision topographique qu'elles servent encore aujourd'hui de référence pour documenter l'évolution de Venise et de ses monuments. La ville constitue le cœur de son œuvre : en répondant à la demande des voyageurs du Grand Tour, désireux de rapporter de leur séjour des représentations fidèles de la Sérénissime, l'artiste fait de Venise un véritable laboratoire où il explore la perspective, la lumière et les effets atmosphériques.

Né à Montmartre, Utrillo fait du quartier son principal sujet à partir des années 1900, peignant souvent d'après des cartes postales lorsque son état de santé l'empêche de travailler sur le motif. La Place du Tertre lui offre un condensé de l'identité montmartroise, avec ses façades, son église voisine et son urbanisme encore marqué par l'ancien village.

Ci-contre : La Place du Tertre à Montmartre, (v.1920), de Maurice Utrillo, et des touristes sur la place en novembre 2015. Photo12/Heritage Images et Gilles Targat.

Jean Béraud choisit ce lieu dans Paris à un moment où les transformations haussmanniennes et l'essor du réseau ferroviaire redessinent profondément l'ouest parisien. Le pont de l'Europe devient ainsi le symbole d'une capitale moderne, où se croisent nouvelles infrastructures, circulation et vie bourgeoise.

Ci-contre : La place de l'Europe, Paris (non daté), de Jean Béraud, et la même place vide à la fin du 19e siècle.  Photo12/Alamy

 
L'inspiration en ville
 

À la montagne

Vent frais par matin clair ou le Fuji rouge, vers 1829-1833.  Estampe de Katsushika Hokusai dont un exemplaire est conservé au Metropolitan Museum of Art de New York. Photo12/Alamy

Vue sur le mont Fuji depuis le lac Kawaguchi. Mars 2024. Photo12/Alamy

Cette estampe appartient à la série des Trente-six vues du mont Fuji, dans laquelle Hokusai explore le volcan sous des angles, des saisons et des conditions météorologiques variés. Montagne sacrée du Japon et objet de pèlerinages depuis des siècles, l'artiste choisit de représenter un phénomène lumineux réel, observable à la fin de l'été lorsque le soleil levant colore les pentes méridionales du mont Fuji d'une teinte rouge intense.

Vue depuis les environs de la colline des Lauves, près de son dernier atelier à Aix-en-Provence, la montagne Sainte-Victoire devient pour Cézanne une obsession picturale,  qu'il reprend dans plus de 80 œuvres. En revenant inlassablement au même motif, il cherche moins à représenter un paysage qu'à résoudre les rapports entre couleur, volume et espace.

Ci-contre : La Montagne Sainte-Victoire (1885), de Paul Cézanne, et la montagne vue de la colline des Lauves à Aix-en-Provence. Photo12/Ann Ronan Picture Library et Alamy

Le Watzmann est l'un des sommets les plus imposants des Alpes bavaroises. C'est depuis le village de Berchtesgaden que Friedrich observe la montagne et décide de s'en inspirer. Il réassemble alors plusieurs croquis pour composer un paysage idéalisé plutôt qu'une vue strictement topographique. Dans son œuvre, l'artiste parvient à incarner la puissance de la nature, thème central de la peinture romantique allemande.

Ci-contre : Le Watzmann (1824), de Caspar David Friedrich, et la montagne vue depuis le village de Berchtesgaden.                             Photo12/imageBROKER

 
L'inspiration à la montagne
 

Lumière sur...

La série du Parlement de Londres par Claude Monet

Monet a peint 19 versions connues de la série du Parlement de Londres (le Palace of Westminster), réalisées entre 1899 et 1904. Toutes ces toiles montrent le même sujet, vu quasiment du même point de vue, mais à des heures différentes et sous des conditions atmosphériques variées : brouillard, soleil couchant, ciel orageux ou lumière filtrant à travers la brume.

Le plus surprenant est que Monet n'a pas terminé ces tableaux à Londres. Il peignait rapidement les premières impressions sur place, puis rapportait les toiles dans son atelier de Giverny, où il les retravaillait parfois pendant plusieurs années. Pour retrouver certains détails, il demandait même qu'on lui envoie des photographies de Londres.

Pendant longtemps on a estimé que Monet peignait depuis le Westminster Bridge ou le Savoy Hotel.

En réalité, les vues du Parlement ont été réalisées depuis une terrasse ou une fenêtre de St Thomas' Hospital, sur l'autre rive de la Tamise. 

Le pont de Westminster et Big Ben vus depuis la terrasse du St Thomas' Hospital, vers 1935. Crédit : Photo12/Heritage Images

Vue aérienne du St Thomas' Hospital, du Parlement britannique et du London Eye, à Londres. Crédit : Photo12/Alamy

Vue sur Big Ben et le St Thomas' Hospital depuis le sixième étage de l'hôtel Park Plaza à Londres. Crédit : Photo12/Alamy

C'est ce point de vue qui lui permettait de saisir le soleil couchant derrière la silhouette gothique du Parlement. 

 

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