des charniers aux grands cimetières parisiens
 
 
 
 
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Mourir à Paris

des charniers aux grands cimetières parisiens

Madame la Mort (1891). Dessin au fusain de Paul Gauguin (23 x 33,5 cm) conservé au musée d'Orsay à Paris. Photo12/Heritage Images

 

Les cimetières parisiens n'ont pas toujours occupé les espaces paysagers que nous connaissons aujourd'hui. Pendant plusieurs siècles, les morts étaient inhumés au cœur de la ville, dans les églises ou les cimetières paroissiaux ; ils faisaient partie du paysage urbain et du quotidien. Au 19e siècle, la saturation des espaces et l'arrivée de l'hygiénisme obligent à repenser spatialement et symboliquement la place des morts dans la ville. Les lieux d'inhumation sont placés hors du centre urbain et le paysage funéraire s'éloigne des vivants, témoignant d'un changement profond de société.

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LES CIMETIÈRES AU CŒUR DE LA VILLE

entre saturation urbaine et insalubrité

Au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, les Parisiens sont principalement inhumés dans les églises et les cimetières paroissiaux, au plus près des lieux de vie et de culte. Le plus célèbre d'entre eux, le cimetière des Saints-Innocents, installé au cœur de Paris à proximité des Halles, accueille des inhumations pendant près de dix siècles.

Le « scandale des Saints-Innocents »

Le cimetière des Saints-Innocents à Paris en 1750. Gravure de Fedor Hoffbauer. Photo12/Alamy

L'exhumation des ossements du cimetière des Innocents, vers 1787. Dessin de Jean-Nicolas Sobre. Musée Carnavalet. Photo12/Alamy

 

Vers la fin du 18e siècle, les cimetières parisiens sont considérés comme trop nombreux et trop proches des habitations. En mai 1780, le point de non-retour est franchi lorsqu'une paroi de fosse commune du cimetière des Saints-Innocents cède, déversant monceaux de cadavres en décomposition dans les caves avoisinantes. L'odeur et la peur d'attraper des maladies sont telles, que le cimetière est définitivement fermé la même année, puis fait l'objet de grandes évacuations à partir de 1785.

La naissance des Catacombes

Les ossements des sépultures, fosses communes et charniers des cimetières parisiens sont peu à peu exhumés puis transférés dans les anciennes carrières de la Tombe-Issoire dans le 14e arrondissement. Le site est officiellement consacré comme "Ossuaire municipal de Paris" en 1786 puis prend le nom de "Catacombes" en référence avec les célèbres nécropoles souterraines de la Rome antique.

Ossements provenant de l'ancien cimetière des Saints-Innocents et déposés dans les souterrains des Catacombes. Photo12/Alamy

Gravure montrant le dépôt d'ossements dans les Catacombes de Paris, vers 1850. Gravure parue dans l'hebdomadaire 'l'Univers Illustré' en 1866. Photo12/Collection Scripta

 

Les danses macabres

Réalisée vers 1425 sur les murs du charnier du cimetière des Saints-Innocents, la Danse macabre est l'une des œuvres les plus célèbres associées au Paris médiéval. La fresque originale ayant été détruite au moment des exhumations, son iconographie est notamment connue grâce à l'édition imprimée par Guyot Marchant à Paris en 1485, présentant uniquement des figures masculines. L'année suivante, en 1486, et face au succès de l'ouvrage, fut édité une version féminine "La Danse macabre des femmes". Ces séries mettent en scène la mort entraînant successivement des personnages appartenant à toutes les catégories de la société, du pape au paysan afin de mettre en évidence l'Égalité devant la Mort.

La Danse macabre des femmes. Ouvrage publié par Guyot Marchant en 1486 suite au succès de "La Danse macabre" publié l'année précédente et représentant des figures masculines. C'est la version masculine qui ornait les murs du cimetière des Saints-Innocents à Paris. Photo12

 

CIMETIÈRES HORS DE PARIS,

UNE NOUVELLE ORGANISATION

Dès 1776, une déclaration royale préconise déjà de déplacer les lieux d'inhumation pour les éloigner des églises et des habitations. C'est par un décret impérial en juin 1804 que Napoléon Ier impose que les cimetières soient établis hors des villes. 

Plan de la ville de Paris montrant la répartition des eaux conformément au décret du 14 avril 1837 du comte de Rambuteau. Photo12/Alamy

À Paris, cela conduit à la création des grands cimetières tels que le cimetière du Père-Lachaise en 1804, celui de Montparnasse en 1824 et finalement celui de Montmartre en 1825.

Des débuts difficiles pour le cimetière du Père-Lachaise

Le nouveau cimetière de l'Est, ouvert en 1804 sur le domaine de Mont-Louis, peine à attirer les familles parisiennes, en raison de son emplacement éloigné, perçu comme trop rural par les Parisiens... 

Vue sur le cimetière du Père-Lachaise depuis son entrée. 1817-1824. Photo12/Heritage Images

En 1817, la Ville organise une véritable opération de communication en transférant des ossements et les cendres de Molière et de La Fontaine au Père-Lachaise. Dès lors, le cimetière gagna la faveur des Parisiens et cela entraîna une hausse spectaculaire du nombre de concessions dès les années suivantes.

Eau-forte (1854) de Charles Meryon représentant le tombeau de Molière au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Photo12/Liszt collection

 

Le saviez vous ?

Le cimetière de Picpus

En 1794, en pleine Terreur, la guillotine ne cesse de couper des têtes. D'abord installée place de la Révolution (actuelle place de la Concorde), elle est rapidement déplacée : les Parisiens ne supportent plus le cortège incessant de charrettes remplies de cadavres, en encore moins les odeurs insoutenables qui s'en dégagent.

Le cimetière de Picpus et les champs des Martyrs, où furent enterrées les victimes de la Révolution, guillotinées à la barrière du Trône. Huile sur toile (1898) de Victor Marec conservée au musée Carnavalet à Paris. Photo12/Heritage Images

Elle est alors installée sur la place du Trône-Renversé (actuelle place de la Nation), et deux fosses communes sont alors secrètement creusées non loin, dans le jardin de l'ancien couvent de Picpus pour y recevoir les corps. En l'espace de six semaines seulement, 1 306 guillotinés y seront inhumés. 

La Guillotine ou Les Carmélites de Compiègne. Huile sur toile (première moitié du 19e siècle) de Paul Hippolyte Delaroche. Collection particulière. Photo12/Heritage Images

 

Après la Terreur, le terrain est racheté par les familles des victimes pour y préserver l'emplacement exact des fosses communes. C'est ainsi que naît le cimetière privé de Picpus, tel qu'il existe aujourd'hui.

Ce cimetière abrite notamment la sépulture collective des carmélites de Compiègne, mais aussi la tombe du général de La Fayette.

Repose également le vicomte Alexandre de Beauharnais, guillotiné lui-aussi, laissant alors veuve une certaine Joséphine... qui deviendra plus tard impératrice des Français.

Autochrome d'Auguste Léon de 1917 représentant la tombe de La Fayette au cimetière de Picpus à Paris. Photo12/Alamy

 
 

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